« Quelque chose de mauvais s’approche »
Malheur à l’acteur qui ose prononcer le nom de Macbeth à l’intérieur d’un théâtre. On parle de la pièce écossaise, comme si nommer le mal suffisait à le réveiller. Depuis des siècles, la tragédie porte la réputation d’être maudite — accidents, incendies, décès étranges — et pourtant, elle revient toujours sur scène, attirant le danger comme un papillon vers la flamme.
Au-delà de sa légende, Macbeth est avant tout une tragédie de l’ambition et de la corruption morale.
Macbeth, valeureux général, voit sa destinée bouleversée par la prophétie de trois sorcières. Ces paroles plantent en lui la graine du pouvoir — une graine qui, nourrie par la manipulation de Lady Macbeth, se transforme en arbre empoisonné. L’homme loyal devient tyran, le héros devient monstre.
Shakespeare interroge ici la frontière entre destin et libre arbitre : Macbeth était-il condamné par la prophétie, ou est-ce son propre désir de grandeur qui l’a précipité dans la chute ?
Macbeth croit dur comme fer à la prophétie des sorcières. Dès l’instant où elles lui annoncent qu’il deviendra roi, son destin semble scellé à ses yeux. Il ne voit plus la prophétie comme une simple possibilité, mais comme une vérité absolue. Et c’est précisément cette conviction qui l’enchaîne : en cherchant à accomplir son destin, il en devient l’esclave.
Cette croyance aveugle pose une question essentielle : sommes-nous réellement maîtres de notre destin ?
Si Macbeth n’avait pas entendu la prophétie, aurait-il malgré tout fini par trahir et tuer ? Ou bien est-ce son désir de pouvoir, déjà enfoui en lui, que les paroles des sorcières ont simplement réveillé ?
Shakespeare laisse planer le doute. Peut-être que le destin n’est qu’un prétexte, une façon pour Macbeth de justifier ses actes. Peut-être aussi qu’en essayant de forcer la main du destin, il provoque lui-même la tragédie qu’il redoute.
Ainsi, qu’importe le choix qu’il fasse, tout semble le conduire vers la même fin : la chute inévitable. Macbeth est à la fois victime et artisan de sa propre damnation.
Lady Macbeth reste l’un des personnages les plus fascinants du théâtre universel : femme ambitieuse, dévorée par la culpabilité, miroir de la folie de son mari. Derrière son apparente force, elle incarne la culpabilité qui ronge et détruit, jusqu’à la folie somnambule de ses fameuses scènes nocturnes.
Et puis, il y a les sorcières, figures du chaos, prophétesses du destin. Leur chant — « Double, double toil and trouble » — est devenu mythique.
A ce moment de la pièce, elles sont en train de préparer leur terrible potion dans un chaudron. Elles ajoutent des ingrédients monstrueux (œil de triton, langue de chien, etc.), symbole du mal et du chaos. A un moment, une d’elle prononce la phrase « Quelque chose de mauvais arrive ». Ce passage est très ironique. Jusque-là, les sorcières représentaient le mal. Mais ici, elles sentent venir un mal encore plus grand : Macbeth lui-même. Cela montre à quel point Macbeth est devenu monstrueux — il est désormais « le mauvais qui vient ».
Ce qu’il faut comprendre, c’est que même elles finissent par être dépassées : elles sentent venir un mal encore plus grand qu’elles-mêmes.
L’intrigue de Macbeth se déroule principalement en Écosse, au XIᵉ siècle. Shakespeare situe l’action dans un pays sauvage et mystérieux, peuplé de seigneurs féodaux ambitieux. Ce cadre n’est pas choisi au hasard : l’Écosse médiévale, avec ses landes brumeuses, ses châteaux isolés et ses forêts hantées, offre un terrain parfait pour faire naître le doute, la peur et la folie.
C’est un paysage vierge et primitif, où la nature semble encore habitée par des forces anciennes et surnaturelles. Les collines couvertes de brume deviennent alors le miroir de l’esprit troublé de Macbeth — un lieu où le réel et l’irréel se confondent, où les sorcières murmurent les vérités du destin au détour