Ce livre est un voyage maritime le long des côtes atlantiques, de la Galice à l’Écosse en passant par la Bretagne, la Cornouailles en Grande-Bretagne, ou bien encore le pays de Galles et l’Irlande. Cette traversée celte ne manque pas de sel.
Cette navigation en eaux de nacre et de tourmentes, nuits d'encre et mers brouillées, horizons de brumes et premiers matins du monde, s'accompagne de randonnées, à pied et à vélo, sur les landes, dans des lieux chargés d'histoire.
Ni recueil philosophique, ni guide touristique sur la celtitude vue de la mer et de ses promontoires, ce roman est comme un journal de bord, plein de brumes, d'embruns, d'éclats de lumière entre les nuées, de pas aux bords du monde. La réflexion sur la quête du temps fait rêver pour peu qu'on se sente cueilleur de cet absolu si cher à Sylvain Tesson. Car ce roman témoigne clairement de la démarche littéraire et spirituelle de l'auteur, mêlant sous sa plume et dans sa chair les expériences physiques à celles de l'esprit, l'exaltation des contrées sauvages, la détestation des urgences de la modernité. Il souffle sur ces Fées le vent du large et des épopées. Une invitation à se plonger dans la magie du temps, d'un lieu, d'un rêve, ensevelis au tombant d'un rivage.
Les fées du titre ? Elles sont ici à considérer sur le plan métaphorique. « Soudain, un signal. La beauté d’une forme éclate. Je donne le nom de fée à ce jaillissement », écrit Tesson. Ou bien encore : « Qu’est-ce qu’un lieu féerique ? Un endroit d’où l’on rêve ne plus jamais partir. »
Au gré du voyage, de caps en promontoires, d’îles en baies, l’auteur décrit comme personne ces paysages sauvages battus par le vent, ces landes baignées de légendes, ces lumières déclinantes ou rugissantes. Le regard que pose Sylvain Tesson sur le monde est tendre et poétique. On lit ce carnet comme on se promène le long d’une plage. C’est beau, c’est lent, c’est propice à la rêverie.
Sylvain Tesson y médite et nous raconte en journal de bord, sentiments, exaltations, mythologies, littérature. Tesson ne voyage pas sans ses livres et accompagne ces instantanés existentiels de réflexions sur la quête de sens, dont ces fées mystérieuses et si présentes sur ces terres fondatrices, sont les compagnes attendues et avidement recherchées. Il vous sera donné à l'arrivée de découvrir quelles sont celles de cet étonnant voyageur.
Points forts
D'abord il y a le style : percutant comme un coup de marteau dans la roche, une vague contre la coque, des métaphores parfois drôles et si souvent justes, une description des côtes, des landes et des promontoires d'une poésie si particulière, brutale parfois, viscérale assurément. Les chapitres sont courts, "géo localisés", accompagnés de cartes qui permettent de suivre le parcours, à voile, à pied ou à vélo.
Ensuite il y a l'évocation du mariage de la mer et de la terre, celui des hommes et des lieux, sur ces côtes de légendes.
Il y a encore l'évocation des légendes, des auteurs qui ont magnifié ces côtes et leurs habitants. Geoffroy de Monmouth et Chrétien de Troyes, pères de la légende du Roi Arthur et des chevaliers de la Table Ronde, coureurs d'un Graal dont Tesson nous propose d'intéressantes interprétations. Chateaubriand et Hugo bien sûr, Renan, Breton, Aragon, Shakespeare, Yeats, Debussy, Byron, Wordsworth et quelques autres sont aussi invités à la chorale des landes, des falaises et des stacks (pitons rocheux plantés en mer à proximité des côtes), compagnons de bivouacs autant que de confins, comme en témoigne la symbolique photo de la jaquette du livre.
Et au terme du voyage, une clé de lecture pour ces fées, compagnes de route et de rêve, essence de ce voyage - « qualité du réel révélée par une disposition du regard »-, captation et jouissance de l'instant sur les promontoires du monde, pourrait-on dire autrement.
Quelques réserves
Ce roman peut se lire comme un récit de voyage original en la forme (un peu vachard et drôle vis-à-vis de nos amis du Royaume-Uni) mais relativement difficile à lire.
Dans certains chapitres, on aimerait souligner toutes les phrases tant elles frappent en plus cœur. Plus loin, on se surprend à bâiller un peu. Ainsi va la lecture. Marée haute, marée basse. On traque les aphorismes miraculeux comme Tesson chasse les fées. Et quand survient le « surgissement du merveilleux », nous voilà heureux.
Certes c’est très bien écrit, poétique, l’auteur a une très grande culture et s’est beaucoup documenté sur les régions parcourues, mais ce n’est pas très agréable à lire, l’auteur évoluant à un niveau hautement cérébral.
Oui, c’est cela, la sensation dérangeante et permanente que Sylvain Tesson se complait dans ce qu’il écrit, s’en admire au fur et à mesure qu’il couche les mots sur sa feuille.